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POUR L'ANONYMAT DES DONS DE GAMETES


Avis de Evelyne - PARIS - publié le 19/05/2009 sur l'assistance médicale à la procréation

L’infertilité de notre couple est due à une leucémie décelée chez mon mari alors qu’il avait 24 ans. Ses chances de survie, diagnostiquées par les médecins, étaient tellement faibles qu’il ne lui fut pas proposé une auto-conservation de sperme. Grâce aux traitements médicaux, mon mari a pu surmonter la maladie, mais la conséquence directe des chimiothérapies et radiothérapies fut de le rendre stérile.

Le drame de l’infertilité, physique et psychologique, n’est pas un choix mais une épreuve et lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avons tout de suite su qu’il ne nous serait pas possible d’avoir des enfants « classiquement ». Toutefois, notre amour fut, et est, plus fort que les multiples difficultés physiques et morales qui nous attendaient dans notre démarche de fécondité et que rencontrent tous les couples entreprenant une PMA, et plus particulièrement une IAD. Une insémination est avant tout un acte d’amour mutuel. Mais elle n’a rien de romantique ni d’agréable et se concrétise par une succession de piqûres, de rendez-vous, de moments d’espoir et de doute. Une grossesse, dans ces circonstances, dure bien plus que neuf mois, tant la préparation est longue. Mais après plusieurs IAD, nous avons aujourd’hui un petit garçon de quatre ans et nous souhaiterions avoir un deuxième enfant. Suite aux conseils des médecins, nous avons expliqué très tôt à notre fils la spécificité de sa conception afin qu’il puisse construire sa personnalité et grandir dans la vérité. Il a déjà compris qu’il fallait retourner voir le docteur pour lui demander d’autres petites graines et les mettre dans le ventre de maman car papa, autrefois très malade mais aujourd’hui bien guéri, n’en n’a pas. Sans IAD, rien ne nous aurait été et rien ne nous sera possible. Avec elle, il peut y avoir fécondation, ce n’est toutefois jamais une certitude car « dame nature » est toujours là pour permettre, ou non, de transmettre la vie.

La révision de la Loi sur la bioéthique va aborder, en particulier, le sujet sensible du maintien ou de la levée de l’anonymat sur les dons de sperme, aujourd’hui anonymes, gratuits et très encadrés par la Loi et les CECOS. Lors de la révision de la Loi, il faudra penser à l’intérêt supérieur des enfants conçus par IAD et mesurer les conséquences que des décisions pourraient entrainer. La levée de l’anonymat permettrait en effet à un enfant d’identifier celui qui a fait le don de sperme plusieurs années auparavant, et donc d’avoir face à lui sa maman, le donneur et son papa qui a toujours été à ses côtés et qui l’a élevé avec beaucoup d’amour. Quel serait alors l’impact d’un couple à trois personnes sur le développement psychologique de l’enfant ?

De notre point de vue, le papa est celui qui a toujours aimé et désiré son enfant, avant même sa conception. Il a toujours été présent aux côtés de sa maman dans chacune des démarches, dans chaque rendez vous, pour chaque examen, bien avant qu’il ne soit conçu. Il lui a fredonné des chansons et lui a parlé alors même qu’il était dans le ventre de sa maman. Il est enfin celui qui, jour après jour veille sur lui, se lève la nuit, lui apprend toutes les choses qu’il doit savoir et dont l’enfant est très fier. Un papa est un papa, et il ne faut pas confondre le rôle du donneur, aussi généreux soit-il du fait de son geste, avec celui du père qui chaque jour aime son enfant et l’aide à grandir. Nous sommes infiniment reconnaissants au donneur et à tous les médecins qui nous entourent, mais le sperme d’un homme n’est rien seul, et l’épouse n’est jamais allée batifoler avec le donneur. Ce n’est pas non plus un enfant qui a été abandonné par un parent, comme dans le cas de l’adoption.

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