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L'embryon est-il une personne ?


Avis de Frère Emmanuel - Tarascon-sur-Rhône - publié le 06/03/2009 sur la recherche sur les cellules souches et l'embryon

L’EMBRYON EST-IL UNE PERSONNE ? Il convient tout d’abord de se demander « qu’est-ce qu’un embryon ? » : biologiquement, « La période embryonnaire couvre les soixante premiers jours de la vie intra-utérine. Pendant le premier mois, à partir de la cellule unique initiale, résultat de la fusion des deux gamètes, des divisions successives par mitose vont former des cellules de deux types : les cellules périphériques se développeront en annexes (placenta, cordon...), les cellules centrales vont constituer l'embryon. » (www.doctissimo.fr) ; moralement, le concept de « personne humaine potentielle » avancée par le Conseil consultatif national d’éthique français, essaie de promouvoir l’idée d’un être humain « en puissance ». Mais l’objection suscitée par cette expression qui relativise le sujet comme « pas encore existant », rend insuffisante la définition. L’Eglise catholique définit clairement et sans ambigüité l’embryon ainsi : « Il est essentiel de considérer tout embryon comme appartenant à l’humanité. Le stade embryonnaire est le commencement d’une vie dont l’épanouissement, s’il n’est pas entravé, se traduira par la naissance d’un enfant. Tout embryon est déjà un être humain. Il n’est donc pas un objet disponible pour l’homme. Il n’est pas possible de décider d’un seuil au delà duquel l’embryon serait humain et en deçà duquel il ne le serait pas. Nul n’a le pouvoir de "fixer les seuils d’humanité d’une existence singulière" » (JEAN-PAUL II, Les aspects légaux et éthiques du Projet Génome humain, Discours du 20 novembre 1993. [in http://www.inxl6.org/article781.php]). Déjà une « opinion est partagée par un grand nombre de penseurs depuis le IVème siècle, dont Grégoire de Nysse, qui considèrent que l'embryon est une personne dès la conception. La matière biologique humaine et l'âme spirituelle ne pourraient qu'avoir été créées ensemble et donc l'embryon aurait une âme spirituelle. L'embryon serait donc incontestablement une personne. Défendue aussi par de nombreuses autorités, [une autre] thèse dit que l'embryon deviendra une personne à un moment qu'il est impossible de discerner. Saint Thomas d'Aquin était l'un des plus prestigieux représentant de "l'animation médiate du fœtus" : l'âme ne pouvait être infusée qu'après une organisation suffisante de la matière biologique. » (Cf. http://www.ichtus.fr/article.php3?id_article=214).
L’enjeu prégnant de cette « définition » réside dans le concept même de liberté individuelle. Pourquoi ? En fait, moralement, je suis un être humain en fonction du rapport social que je vis avec autrui au sein d’un groupe humain, reconnu comme tel par mes semblables, autonome et dépendant à la fois de la société dans laquelle je suis inséré et admis. Comment un embryon peut-il être regardé selon cette manière de voir ? Ne puis-je pas considérer le processus de développement de cet embryon comme m’appartenant, puisque c’est un produit créé par moi (avec un partenaire sexuel) qui, pour l’instant, ne fait pas visiblement partie des individus ? Ne puis-je pas le supprimer tant qu’il n’a pas de conséquence pour ma liberté individuelle, si je n’ai pas de « projet parental » ? Ai-je le droit même d’en faire le don à un laboratoire dans le but humaniste de la recherche médicale ? « Quand la Cour de cassation décide de légitimer l’inscription d’un fœtus comme membre de la famille, cela signifie bien que ce foetus a un statut. Ce qui s’est produit depuis une cinquantaine d’années, c’est, au contraire, une transformation rampante du statut juridique de fait, du foetus et de l’embryon, qui les a chosifiés ». Conclusion : « On doit agir comme si l’embryon était une personne… C’est l’application d’un principe de précaution. » (E. RIVE, « Pour l’Église, l’embryon est une personne ; Bioéthique . La Conférence des évêques de France organise un débat sur ce thème. En jeu, « les débuts de la vie humaine » ou le statut de l’embryon. » Art. de L’Humanité dans http://www.humanite.fr/2008-02-20_Societe_Pour-l-Eglise-l-embryon-est-une-personne).
Allons plus loin : ferait-on ce genre de questionnement dans le cas d’êtres humains venus au monde ? Les conséquences de la fixation de critères (légaux) d’humanité, en termes de développement biologique, de « projet parental », de contexte social… peuvent avoir des conséquences graves politiquement et socialement. Par exemple, notre société est arrivée à un stade insoluble du questionnement éthique : on sélectionne un certain nombre d’embryons viables dont une fraction seulement sera effectivement appelée à vivre en fonction d’un « projet parental ». Les autres, dits « surnuméraires », seront conservés en attendant, l’éventuelle (non)implantation. Où veut-on en venir ? deux questions :
1. Comment considérer des embryons qui au même stade de développement peuvent être voués à une forme de destruction (recherche, avortement, etc.) d’une part, ou être inscrit comme personne humaine à l’état civil, membre d’une famille, née et décédée tel jour, d’autre part ? Biologiquement identiques certains sont déjà des êtres humains, d’autres ne le seront jamais... On peut aisément penser à certaines tentations totalitaires idéologiquement marquées par la pureté de la race, le contrôle démographique. En effet, même si les pratiques eugéniques, de purification ethnique, sont totalement prohibées, la sélection des embryons pour éliminer tout risque de handicap, voire pour favoriser des capacités, ou pour une compatibilité génétique avec un éventuel receveur de cellules (« bébé médicament »), se pratique déjà parfois. La voie est ouverte vers d’autres pratiques utilitaristes… A terme, on peut penser qu’il n’y pas beaucoup de distance entre l’arbitraire d’une loi qui définit le projet parental à l’aune duquel l’embryon est un être humain ou non et l’arbitraire d’une loi qui nie l’appartenance à l’humanité d’une partie de la population qui par suite peut être éliminée comme inutile ou nuisible (handicapés, autres ethnies, autre religion…)
2. Confronté à un domaine où se mêlent le « non négociable » et l’obligation déchirante de transiger. Certaines situations éthiques sont conditionnées par des facteurs humains, socio-économiques, et même biologiques, qui font de la morale un instrument de torture des consciences : le choix de l’avortement est souvent vécu comme l’issue dramatique d’une situation douloureuse, il en résulte un traumatisme qui invite au respect des personnes qui sont d’abord des victimes. Toutefois, ne soyons pas dupe, car le discours sévère opposé à la chosification de l’embryon, appelant à la responsabilité humaine, tâche d’empêcher un certains nombre d’excès qui feraient de toute manipulation de l’embryon (recherche, sélection, destruction) un moyen de contrôle absolu de la vie humaine.

Frère Emmanuel Kauffmann, O. Præm.




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A lire :
 FONDATION JEROME-LEJEUNE, « Manuel bioéthique des jeunes », 2006.

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